World of Family n’est pas né dans une réunion produit. Il est né à la maison, pour mon frère et mes deux sœurs, parce qu’un problème très ordinaire nous épuisait tous.
Un soir, une table à débarrasser
La scène, tout le monde la connaît. Un soir, à la fin du repas, ma mère demande qu’on l’aide à débarrasser la table. Personne ne bouge. Elle redemande. Toujours rien. Elle insiste, une fois, deux fois, trois fois, et quand ça finit par se faire, c’est de si mauvaise volonté qu’elle aurait préféré le faire seule.
Ce soir-là, ce n’est pas la table qui m’a marqué, c’est l’épuisement de ma mère. Et le poids que cette situation faisait peser sur toute la famille. Personne n’était content : ni elle, ni mon frère et mes sœurs, qui finissaient toujours par faire ce qu’on leur demandait, mais en ayant transformé cinq minutes de participation en une heure de tension.
Chez nous, participer aux tâches de la maison n’a jamais été optionnel. L’intention était là. Ce qui manquait, c’était le déclenchement : chaque tâche coûtait plus d’énergie en rappels qu’en exécution.
Une famille de joueurs
Nous sommes une famille de joueurs. Dès que l’occasion se présente, on sort un jeu de société, et le plus souvent on y joue tous ensemble. J’ai grandi avec les jeux de rôle vidéo, puis je suis passé aux jeux de plateau.
Alors quand j’ai cherché ce qui pourrait débloquer la situation, la réponse était sous mes yeux. Mon frère et mes sœurs étaient capables d’une régularité et d’un effort impressionnants dès qu’il s’agissait de faire progresser un personnage ou de gagner une partie. Objectifs clairs, progression visible, récompenses au bon moment, et surtout la liberté de choisir ce qu’on fait : toutes les mécaniques qui rendent un jeu captivant manquaient à notre façon de gérer la maison.
Il n’y avait qu’à les y mettre. Alors j’ai créé un jeu. Sur papier.
Octobre 2025 : des fiches A4 et une plastifieuse
La première version de World of Family, c’était des fiches A4 faites sur Canva. Une fiche par joueur, avec ses tâches, son niveau, son or. Quelques fiches de règles : le fonctionnement du jeu, les principes, et ce qu’impliquait chaque niveau en fin de semaine. Et des petites cartes d’objets, faites sur Canva, découpées et plastifiées à la main.






Mon frère et mes sœurs sont devenus des héros. Mon frère avait 13 ans, mes sœurs 16 et 8. Chaque tâche de la maison est devenue une quête qui rapportait des points d’expérience. Chaque semaine se terminait par un bilan, où le niveau atteint se transformait en récompenses. Ma mère est devenue maître du jeu : c’est elle qui validait chaque quête et qui rendait les points crédibles.
Et il s’est passé quelque chose que nous n’avions jamais vu.
Le jour où ils se sont disputés pour débarrasser
Quelques semaines plus tard, un problème que nous n’aurions jamais imaginé est apparu : deux enfants voulaient faire la même tâche. Ceux qu’il fallait supplier pour débarrasser se disputaient maintenant pour savoir qui allait le faire.
Il a fallu inventer une règle pour les départager. D’abord pierre-feuille-ciseaux. Puis l’application que nous utilisons pour savoir qui commence dans nos jeux de société. C’est resté l’un de mes souvenirs préférés de cette période : nous n’avions plus à résoudre un problème de motivation, mais un problème d’arbitrage.
Dix mois de règles corrigées
C’est ce qui fait, je crois, toute la différence entre World of Family et une application conçue d’abord comme une application : nous avons joué sur papier pendant plus de dix mois. Pas comme un test, comme notre vrai quotidien.
Le mois de novembre 2025 a été celui des grandes révisions. Les fiches ont été refaites et améliorées. Les impacts de chaque niveau ont évolué. Les gains et les prix de la boutique ont été ajustés, plusieurs fois, jusqu’à trouver l’équilibre où l’effort valait la récompense sans que la récompense écrase l’effort. Des règles floues ont été précisées quand un cas imprévu se présentait.
Avec le temps, le matériel s’est enrichi : des tickets d’aventure, faits sur Canva, découpés et plastifiés, à échanger contre de vrais moments. Des pièces d’or en métal, achetées pour de bon, parce qu’une vraie pièce dans la main change tout pour un enfant de 8 ans.


Presque tout ce qui fait le jeu aujourd’hui vient de ces mois-là : le niveau de la semaine de moins 4 à plus 4, le bilan du dimanche, la séparation entre l’or, qui se dépense dans le jeu, et les tickets d’aventure, qui s’échangent contre le réel. Et le parangon, la progression permanente qui ne redescend jamais, parce qu’il fallait quelque chose qui récompense la régularité sur des mois et pas seulement sur une semaine.






La limite du papier
Le système fonctionnait. Mais le papier avait la limite que tous les parents qui ont tenu un tableau de tâches connaissent : quelqu’un doit le tenir à jour, tous les jours. Compter les points, mettre à jour les niveaux, préparer le bilan, gérer la boutique et les cartes. Tant que ce travail reposait sur ma mère, le système restait fragile.
Comme je suis développeur, la suite était évidente.
Été 2026 : la première application
J’ai construit une première application, uniquement sur mobile, pour la famille. Elle a remplacé les fiches, automatisé les comptes et les bilans, et elle nous a appris autant que le papier : ce qui devait être automatique, ce qui devait rester entre les mains du maître du jeu, ce que les héros regardaient vraiment sur leur fiche.
Elle a aussi montré ses limites assez vite. Elle ne tournait que sur mobile. Son interface avait été faite pour aller vite, pas pour être belle. Et sa technique ne permettait ni de l’ouvrir facilement à d’autres familles, ni de la faire évoluer proprement.
Tout reconstruire de zéro
Alors j’ai tout repris de zéro, avec trois exigences.
Jouable partout, sans rien installer. Une technologie qui permette la même expérience dans un navigateur, sur ordinateur comme sur téléphone, et en application Android, puis iPhone. Une famille ne doit pas avoir à choisir un appareil pour jouer.
Belle et agréable. Une interface propre, lisible, dans un esprit de grimoire plutôt que de tableau de bord. Si les enfants sentent que c’est une corvée déguisée, ça ne marche pas. Ils le sentent toujours.
Solide et améliorable. Performante, sécurisée, avec toutes les règles calculées côté serveur pour que personne ne puisse tricher, et une base technique qui permette d’ajouter ce que les familles demanderont.
World of Family tel qu’il existe aujourd’hui est cette application : entièrement repensée, construite pour offrir une expérience clé en main à n’importe quelle famille, pas seulement à la mienne.


Ce que je ne changerai pas
Quelques choix viennent directement de ces mois de terrain.
C’est un vrai jeu. Des quêtes, de l’expérience, des niveaux, un parangon, une auberge, des objets à collectionner, des boss à affronter. Pas une liste de tâches avec des étoiles.
Le maître du jeu garde la main. C’est l’adulte qui valide chaque gain. Le jeu propose, calcule et affiche, mais il ne décide jamais à la place du parent. C’est ce qui rend les points crédibles aux yeux des enfants : ils viennent d’une reconnaissance réelle.
Le jeu de base est gratuit, et il le restera. Tout ce qui est nécessaire pour jouer en famille l’est. L’extension Graal existe pour aller plus loin, avec des boss, une forge et des contenus supplémentaires, mais elle n’est jamais un péage.
Pas de publicité, et le minimum de données. Une adresse e-mail pour le maître du jeu, un pseudonyme par héros, les données de jeu. Rien d’autre, et tout hébergé en France.
Le vocabulaire compte. Chez nous, on ne dit pas « parent » et « enfant », on dit maître du jeu et héros. La famille est un clan. La boutique est une auberge. Ce ne sont pas des détails : c’est ce qui fait que les enfants entrent dans le jeu au lieu de subir une organisation.
Et maintenant
Depuis octobre 2025, ma mère est la première maître du jeu de World of Family. Elle a raconté ce que ces mois ont changé chez nous dans cet article de blog. Je ne le dirai pas mieux qu’elle.
Ce que je sais, c’est que ce jeu n’a pas été inventé pour des familles en général. Il a été inventé pour la mienne, testé pendant des mois par la mienne, corrigé par la mienne, jusqu’au jour où deux enfants se sont disputés pour débarrasser la table. C’est probablement la meilleure garantie que je puisse offrir.
Si vous voulez voir à quoi ressemble une semaine de clan, le jeu se teste directement dans le navigateur, sans rien installer.
